from Cluster 21 - GoogleManagementTV's videoblog

Si Google était au début des années 2000, la société à suivre de près, FaceBook est aujourd’hui celle qu’il faut observer de plus près. On sait qu’il s’agit d’un réseau social, né dans une université à Harvard, assez proche, quant à la technologie de Myspace, mais assez différent quant à l’ergonomie. Détail qui a son importance et que des sociologues, je pense à Danah Boyd, ont vite identifié : là où Myspace séduit plutôt les jeunes des classes populaires, FaceBook attire les jeunes étudiants, les futurs diplômés et, avec eux, leurs amis, leurs familles, leurs collègues, les cadres.

Son succès a été foudroyant. Longtemps réservé aux lycéens et étudiants, il n’est pleinement ouvert au public que depuis la fin mai, mais il a déjà plus de 30 millions de visiteurs, ce qui en fait l’un des dis premiers sites les plus visités aux Etats-Unis. 150 000 personnes s’inscrivent chaque jour sur le site qu’a créé Mark Zuckerberg lorsqu’il était étudiant à Harvard. Plus de 10% de la population canadienne est inscrite sur Facebook qui est aujourd’hui surtout anglo-saxon, mais la France s’y est mis.  

Ce succès est en lui-même un bon motif de regarder plus près ce réseau. Il tient pour beaucoup à ce que l’on pourrait appeler son approche du réseau social. À l’inverse de ce qui se passe sur Myspace ou sur d’autres réseaux sociaux, on ne se cache pas, on ne se déguise pas sur Facebook : on affiche son identité réelle. Les gens que l’on rencontre sont donc des gens réels, avec lesquels on a ou peut avoir dans la vie courante des contacts d’amitié, de travail… dit autrement, Facebook apporte des outils à des communautés déjà existantes : ce sont des gens qui se connaissent déjà qui s’y rencontrent. Rappelons-le, il est né dans une université, dans un milieu dans lequel on se croise, on rencontre… Il permet, au fond, d’automatiser toute une série de tâches que l’on réalise au quotidien dans notre vie sociale : on échange des adresses, des photographies, des informations… Ce qui explique que Mark Zuckerberg parle de service social, “social utility”, plutôt que de réseau social, de “social network”. Et cette notion de service n’est pas une astuce de marketing, elle correspond bien à une réalité comme en témoigne les comportements des utilisateurs : la moitié des internautes inscrits sur Facebook s’y connectent au moins une fois par jour. Ce qui montre bien la place que ce service est appelé à prendre dans la vie de chacun.

Naturellement, les observateurs se sont très tôt posé la question de l’avenir de ce produit, de son modèle économique. On a beaucoup parlé de sa vente : Yahoo! a proposé il y a quelques moins un milliard de dollars aux fondateurs de Facebook. Ils ont refusé et ils ont également démenti avoir l’intention d’aller sur le marché. On a beaucoup également parlé de leur financement par la publicité et notamment de l’accord qu’ils sont signé il y a quelques semaines avec Microsoft qui lui donne l’exclusivité sur la publicité. Mais il me semble que ce produit mérite d’être suivi pour trois autres motifs :

- d’abord, pour son modèle économique qui reste ouvert. La publicité est évidemment la piste à laquelle on pense immédiatement pour le monétiser. Mais il peut y en avoir d’autres. On peut notamment penser à des systèmes de distribution de type tupperware qui s’installeraient dessus. Si j’aime un produit, un disque, un livre, une marque, je peux le faire savoir à mes amis, je peux éventuellement être rémunéré sur les ventes réalisées sur mon réseau…

- ensuite, pour son modèle d’innovation qui n’est pas tout à fait celui de Google. Facebook, comme Myspace avant lui, d’ailleurs, est largement ouvert à d’autres applications venues de l’extérieur, il offre un espace où les développeurs peuvent non pas commercialiser mais toucher des utilisateurs. Il pousse très loin la logique des widgets qu’Apple, Google et quelques autres pratiquent déjà. Mais plutôt que d’y voir un accompagnement ludique, marginal, ils en font un des éléments clefs de leur offre. On connaissait le duo système d’exploitation/logiciel, on voit là apparaître un autre duo : plateforme/applications.

- enfin, pour ses usages professionnels. C’est sans doute le plus surprenant : les grandes entreprises informatiques l’on adopté : plus de 5000 collaborateurs de Google sont inscrits sur Facebook, ce qui représente à peu près le tiers des effectifs de l’entreprise, plus de 13000 collaborateurs de Microsoft, dont Bill Gates, plus de 16000 collaborateurs d’IBM (on peut contrôlous ces chiffres de la manière la plus simple : en allant sur la page des réseaux de ces entreprises sur Facebook). Pour l’instant, le phénomène concerne surtout des entreprises informatiques. On peut penser que certains de leurs collaborateurs se sont inscrits pour comprendre et voir ce qui se passe sur ces sites. Mais on peut également penser qu’ils sont les mieux équipés et les plus ouverts aux nouvelles technologies, les plus intéressés par les possibilités qu’elles peuvent offrir. Les effectifs, des milliers de collaborateurs font penser que ces outils sont en train de devenir autre chose. Ils jouent probablement le rôle d’annuaire interne, de lieu d’échanges, de travail collaboratif. Quelque chose est sans doute en train de s’inventer ici, qu’il est malheureusement assez difficile d’analyser puisque ces réseaux d’entreprises sont fermés, on ne peut pas y accéder si l’on n’est pas soi-même salarié.


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